Un concept unique :
Propos recueillis par Christine Couderc


"Bertrand Joliet présente son nouveau concept, « Handyman », sa nouvelle source d'inspiration
Dès qu'il le peut, Bertrand Joliet quitte la capitale pour se ressourcer dans son univers gascon, dans sa maison sous les arbres, dans laquelle il retrouve l'inspiration picturale. De plus, une joie nouvelle le motive puisque depuis peu il vient de s'unir à Ana. Le mariage a eu lieu dans le petit village, dans la simplicité et la convivialité qu'ils souhaitaient tous les deux. « Sud-Ouest ».
Voilà deux jours que cet événement est arrivé. Est-ce que cela va influencer votre peinture ? Bertrand Joliet.
La peinture est le fruit de ma vie. Je suis à l'heure actuelle pleinement heureux, mais cela ne joue pas dans ma démarche picturale. Les choses ne se font pas en claquant des doigts. J'ai longtemps confondu l'art et la vie. Aujourd'hui, les deux sont dissociés et je suis comblé. La peinture est mon métier.

A quel âge vous êtes-vous intéressé à la peinture ?

Dès l'âge de 10 ans j'ai dit que j'étais peintre et ce fut mon maître, Robert Priser, qui m'en a enseigné les rudiments, qui m'a mené sur le chemin caillouteux mais ô combien épanouissant de la peinture. Un jour, j'ai observé une carte postale d'un peintre de la Renaissance et j'ai compris que ce que je faisais pouvait devenir un métier. Ma jeunesse fut en fait jalonnée d'événements comme ceux-ci qui m'ont conforté dans l'idée que je voulais être peintre. C'est un peu l'histoire de la vie, l'histoire d'une vie.
Ma première exposition a eu lieu en 1978 à Paris, j'avais alors 16 ans. Depuis, j'ai réalisé une trentaine d'expositions.

Cette année, le thème que vous développez s'intitule « Handyman », terme anglais qui signifie homme à tout faire. Pourquoi ce choix ?

Ce personnage est une rencontre hasardeuse au coin d'une rue parisienne. Un petit escroc qui a voulu m'extorquer de l'argent. Il ne parle pas un mot de français, il est seul dans Paris. Son jeu consistait à faire croire que les bagues qu'il possédait étaient en or alors qu'elles étaient en cuivre. Ce personnage m'a touché par son extrême dénuement. Il ne possède qu'une poignée de bagues en cuivre et les vêtements qu'il porte. Il vit on ne sait où, i l n'a aucun sens moral, il vient d'un autre pays, mais l'aspect de son personnage m'a interpellé.
Une idée a germé dans mon esprit, j'ai commencé des tableaux. Pendant deux mois, je me suis mis dans sa peau, gardant en mémoire son comportement, c'est-à-dire les mains dans les poches et n'ayant rien à proposer de sérieux. J'ai récupéré une vieille porte, un morceau de toile de jute et je n'ai acheté aucun nouveau matériel. J'ai voulu adapter mon personnage à mon choix de matériel. Le paradoxe du personnage réside dans son dénuement et dans l'alchimie du plomb transformé en or, comme un déguisement du réel. Le résultat donne l'impression d'une huile sur toile. C'est un polyptyque dont on peut dire que techniquement il s'agit de l'huile sur toile et bois.

Pourriez-vous nous donner une définition de ce qu'est l'art ?
aou ma part, l'art ne sauve rien. Il sert à celui qui l'utilise lorsqu'il en fait un métier ou à celui qui le regarde. L'art des années vingt n'a pas empêché le nazisme de naître. La peinture me rend moins sot. En ce qui me concerne, c'est un exutoire. C'est aussi la liberté du peintre qui en fait un métier et qui peut peindre lorsqu'il le souhaite.
Dans cette grange qui est devenue une salle d'exposition, il faut savoir que j'ai voulu faire les choses différemment. Je propose le petit thème du handyman, mais il y a aussi des natures mortes, des paysages, des poissons, les thèmes sont variés. L'année prochaine, pendant la période estivale, je proposerai de petites expositions sur plusieurs thèmes. Je ne désire plus faire de grandes expositions comme cela était le cas auparavant. Je m'associerai de temps en temps avec un autre artiste. Peut-être choisirai-je un lieu moins excentré, car le public ne vient pas jusqu'ici."

Sud-Ouest, septembre 2003


(photo Christine Couderc)




copyright : Bertrand Joliet / ADAGP