Bertrand Joliet  cliquez sur les vignettes pour naviguer / click on thumbnails for exploring → contact




"Je vais donc probablement continuer à peindre, mais ce soir et demain, je vais peindre ces sortes d'ectoplasmes. Au fond, à bien regarder les productions de la nature, je ne peux pas m'empêcher de voir une forme, toujours la même, pleine de désir et de vie, et toujours mastiquée, triturée, du triton au gorille, du phoque à l'humain, de la lamproie à l'orang-outang, de l'ascaris au dugong... Quand je vois l'hippopotame du zoo de Vincennes, se tenant près de son bassin, qui baille, j'ai l'impression qu'il y a derrière cette forme, une autre forme qui m'appelle au secours, une forme lointaine, jamais vue et pourtant si bien connue de nous tous, oui, pleine de désir et de vie, mais torturée, mâchouillée, déformée dans tous les sens comme dans une infinité de miroirs déformants et ridiculisants. Il y a même les monstres, siréniens, janus, anencépales et tératodymes, les petits bébés qui naissent sans bras, sans jambes, avec deux têtes, certains même avec un seul oeil au milieu du front, au-dessus d'à peine un brouillon de nez, de bouche. Si l'on prêtait à la nature un peu de sentiment, un peu de volonté, elle ne serait que méchante, cruelle, sadique. Sadica natura."
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