Le calme après la tempête
huile sur toile, 210cm x 126cm, 1988, collection privée


l'espace:
Peint entre autre pour célébrer mon union avec ma première épouse, cette peinture est composée comme une mise en scène dans un espace restreint en profondeur ou, plus précisément, comme une perspective axonométrique.
La perspective axonométrique est une rationalisation de la perspective cavalière (inventée par les militaires pour représenter les champs de bataille) où l'objet représenté est supposé être placé à l'infini par rapport au spectateur. S'il est à l'infini, les différences de tailles vues entre ce qui est proche et ce qui est lointain deviennent négligeables et sont annulées.
Par exemple, la représentation de la face la plus proche d'une cube aura les mêmes dimensions que la face la plus éloignée :


Ne subsistent que les déformations angulaires : un angle de 90° pourra être traduit par un angle différent et, pour simplifier les tracés en utilisant le compas, l'équerre et le té, l'angle droit peut rendre les valeurs de 30°, 45°, 120°, etc.
Cette union était en soi porteuse d'une projection, si lointaine qu'elle en paraissait infinie et sans doute alors vertigineuse quant à la perception que j'en avais sur le moment.
Quelques années plus tard, je peignis une seconde version du "calme après la tempête", où je voulais intégrer la variable temporelle. Comme dans l'argument de Cauchy, je me retrouvais piégé et contraint à renoncer à terminer une telle chose.
la lumière:
A l'époque classique, les peintres - ou leurs juges - sont très sensibles, pour ne pas dire obsédés, par la question de ce qu'on appelle la "cohérence de la lumière", qui est l'agencement et la direction des ombres en fonction d'une source lumineuse unique, comme le soleil ou une flamme, ou diffuse. Mais dans tous les cas il est considéré comme une faute de générer, par l'intermédiaire de la représentation des ombres, des sources lumineuses différentes et hors du tableau : si la lumière vient de tel endroit, de telle direction, toute la lumière doit venir de là.
J'applique scrupuleusment le principe de cohérence de la lumière, après l'avoir démonté. Par exemple, dans cette peinture, la lumière provient d'une ligne droite, perpendiculaire au tableau, qui va du fond de la scène à la surface du tableau lui-même. Chaque objet de la représentation peut être éclairé de n'importe quel point de cette droite mais de cette droite uniquement.
La source lumineuse, quoique présente dans l'espace représenté, n'est pas figurée ou bien seulement et discrètement figurée par les ombres qu'elle génère ; source invisible, cause inconnue de soi et dont pourtant on voit l'effet en tout point, en tout lieu, à chaque acte.
Plutôt que de lumière, plutôt que de source lumineuse, si l'on considère que celle-ci produit aussi les ombres, il aurait fallu parler de source ténébreuse, "... tout emplie de pensées efficientes bien qu'inconscientes et que c'était de celles-ci qu'émanaient les symptômes" (Freud. Quelques observations sur le concept d'inconscient en psychanalyse, in Métapsychologie, Paris, Gallimard)

 

















"Argument de Cauchy, tendant à prouver que la suite naturelle des nombres ne peut avoir d'existence actuelle, en tant qu'infinie : car on ne pourrait faire correspondre à chaque nombre son double, ou son carré, ou son cube, etc.; on obtiendrait ainsi une seconde suite ayant par définition exactement autant de termes que la première, alors que celle-ci contiendrait cependant tous les termes de la seconde, plus un certain nombre de termes non compris dans celle-ci."
(André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie. PUF)
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