New gorilla, renoncé en décembre 1997
huile sur toile, 162 x 114, collection privée
Quelques années après avoir peint "
le calme après la tempête
", je voulus reprendre ce même thême du franchissement - ou de la transmigration - en y intégrant une partie de mon histoire avec la représentation perpective, et j'ajoutai donc la
variable du temps
. La scène représentée devait être vue dans un délai limité par un spectateur pivotant sur son axe, puis l'action se répète à chaque nouveau et réel spectateur.
Comme dans
l'argument de Cauchy
, la confrontation de deux infinis, même s'ils ne sont vus que partiellement, produit un non-sens. Je perçus alors le "moment" durant lequel la scène est vue comme un raccourci de temps infini et d'espace limité dans ses trois dimensions mais représenté comme s'il était placé à l'infini et donc comme un raccourci de l'espace infini (le mot "raccourci" est ici utilisé avec le sens qu'on lui donne en peinture,en dessin : la représentation d'une forme oblongue vue par sa plus petite face, avec une perspective "écrasée").
Allégeance de cette époque à ma volonté de construire, à chaque peinture, un ensemble cohérent - une figure de biotope -, dès lors que je perçus mes combinaisons comme aboutissant à une aporie, je considérai l'ensemble comme vain et décidai d'y renoncer.
Dans cette même recherche d'"osirisation", je peignis la scène parsemée de poissons, à la fois hommage aux ancêtres, nos
grands astreignants
en peinture, ceux qui peignaient au fond des grottes (certaines peintures pariétales présentent des poissons dans les airs et des oiseaux dans les eaux. Ce thème m'étant venu très tôt dans mon enfance, il est à se demander si la psychogénèse ne résume pas l'"artogénèse") mais aussi, comme signe de reconnaissance utilisé par les premiers chrétiens ; les poissons me permettaient alors de poser dans la peinture comme de petites pompes d'aspiration sinon mystiques, du moins psychopompes. J'aurais tout aussi bien pu peindre des moineaux.
L'inachèvement de cette peinture, parce qu'il me fallait au fond diviser mon sujet pour m'y retrouver, donna naissance à deux séries : les
renoncés
et les
poissons
.
"
Argument de Cauchy
, tendant à prouver que la suite naturelle des nombres ne peut avoir d'existence actuelle, en tant qu'infinie : car on ne pourrait faire correspondre à chaque nombre son double, ou son carré, ou son cube, etc.; on obtiendrait ainsi une seconde suite ayant par définition exactement autant de termes que la première, alors que celle-ci contiendrait cependant tous les termes de la seconde, plus un certain nombre de termes non compris dans celle-ci."
(André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie. PUF)
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