Le banquet, ragtime
huile sur toile, 150 x 225, 1990, collection particulière
Cette peinture est issue de mes recherches sur la perspective. Si l'on considère que la perspective, telle qu'elle est utilisée en peinture, y compris avec ses déformations et interprétations, est une manière de créer l'illusion du réel, il y manque cependant la donnée du temps.
Certains modes de représentation, en particulier la photographie, intègrent le temps, comme la chronophotographie de Muybridge et Marey. Ce sont cependant des successions d'images, qu'elles soient présentées l'une après l'autre ou l'une sur l'autre. C'est dans une application de la chronophotographie que j'ai trouvé un chemin pour intégrer le temps dans ma façon de restituer le réel (plutôt de "peindre du réel" comme on dirait "parler du réel") : les "photo-finish" utilisées pour les arrivées de courses de chevaux ou d'humains... Cette technique consiste à impressionner une pellicule défilante à intervalle de temps régulier devant un objectif immobile visant un point fixe (là où Muybridge faisait courir le cheval, on fait courir la pellicule). Ainsi, à T1, la tête du cheval est photographiée, à T2, son cou, à T3 son garot, et ainsi de suite. En juxtaposant T1, T2, T3, on obtient une photographie complète du cheval, mais dont la forme est distordue par sa vitesse.
J'ai donc conçu un appareil photographique imaginaire, qui prendrait 4 photographies d'un couple se déplaçant derrière une table ; l'appareil pivote en outre sur un point fixe et fixe ainsi 4 images d'une table longue. Cette table devient donc bombée vers le spectateur. C'est une bouche et un ventre et le tableau lui-même en somme, au sens littéral, un ragtime.