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les banquets

Le banquet, ragtime
huile sur toile, 150 x 225, 1990, collection particulière 



Cette peinture est issue de mes recherches sur la perspective. Si l'on considère que la perspective, telle qu'elle est utilisée en peinture, y compris avec ses déformations et interprétations, est une manière de créer l'illusion du réel, il y manque cependant la donnée du temps.
Certains modes de représentation, en particulier la photographie, intègrent le temps, comme la chronophotographie de Muybridge et Marey. Ce sont cependant des successions d'images, qu'elles soient présentées l'une après l'autre ou l'une sur l'autre. C'est dans une application de la chronophotographie que j'ai trouvé un chemin pour intégrer le temps dans ma façon de restituer le réel (plutôt de "peindre du réel" comme on dirait "parler du réel") : les "photo-finish" utilisées pour les arrivées de courses de chevaux ou d'humains... Cette technique consiste à impressionner une pellicule défilante à intervalle de temps régulier devant un objectif immobile visant un point fixe (là où Muybridge faisait courir le cheval, on fait courir la pellicule). Ainsi, à T1, la tête du cheval est photographiée, à T2, son cou, à T3 son garot, et ainsi de suite. En juxtaposant T1, T2, T3, on obtient une photographie complète du cheval, mais dont la forme est distordue par sa vitesse.
J'ai donc conçu un appareil photographique imaginaire, qui prendrait 4 photographies d'un couple se déplaçant derrière une table ; l'appareil pivote en outre sur un point fixe et fixe ainsi 4 images d'une table longue. Cette table devient donc bombée vers le spectateur. C'est une bouche et un ventre et le tableau lui-même en somme, au sens littéral, un ragtime.






























La chronophotographie est un procédé inventé par Edward Muybridge (1830-1904) utilisant une succession de photographies pour l’analyse des différentes phases d’un mouvement.
Muybridge cherche à répondre à la question, qui agite bon nombre de peintres de la deuxième moitié du XIXème siècle, de savoir si durant le trot et le galop, le cheval a oui ou non un temps où les quatre pattes quittent le sol simultanément. En 1877 Muybridge installe un ensemble de chambres photographiques le long du parcours d'un cheval, déclenchées par le passage du cheval. Il prouve qu'à certains moments le cheval a les quatre fers en l'air, au grand désarroi de certains peintres pompiers qui s'étaient toujours appliqué à peindre les chevaux au galop avec une jambe touchant le sol, par respect pour la vérité.
Etienne-Jules Marey, médecin français, après sa rencontre avec Muybridge, invente et réalise avec ce dernier le "fusil photographique" (inspiré des travaux de l'astronome Jules Janssen), appareil préfigurant la caméra qui permet de décomposer le mouvement des êtres vivants. Marey et Muybridge (auxquels il faudrait ajouter le nom de Denmenÿ, qui réalisa dans les années 1900 de nombreuses photographies de sportifs, sauteurs à la perche, escrimeurs...) réalisèrent alors chacun de très nombreuses séries de chronophotographies, montrant des animaux, des humains, des boules ou de la fumée... Si les travaux de Marey gardent un esprit très scientifique, que signifie l'étrange quète d'exhaustivité de Muybridge, dont les séries utilisent des modèles ou des thèmes très variés : animaux de toutes espèces - félins, chiens, chevaux, éléphant -, femmes fuyant, portant des seaux, tombant, hommes jouant à la balle, sautant, courant, se battant, enfants handicapés...
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